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Repères nutritionnels 2017 : les évolutions marquantes

Les repères nutritionnels publics pour la population adulte ont évolué. C’est une bonne et importante nouvelle.

Je me permets de mettre en avant, dans ce billet, quelques éléments qui me semblent importants, même si je ne suis pas experte en nutrition. Vous me direz si vous les estimez utiles.

Des repères nutritionnels de santé publique

Le 24 janvier 2017, l’Agence nationale de  sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’ANSES, a rendu publics de nouveaux repères nutritionnels.

Ces repères ont été établis à la demande du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), crée en 2004 et mis en place il y a 10 ans, en 2007.

Ils sont donc en cohérence avec les objectifs de santé publique poursuivis par le HCSP, qui sont regroupés sous 4 axes, dont 3 concernent directement notre alimentation :

  • Réduire l’obésité et le surpoids dans la population ;
  • Améliorer les pratiques alimentaires et les apports nutritionnels, notamment chez les populations à risque ;
  • Réduire la prévalence des pathologies nutritionnelles.

Le 4e axe (« Augmenter l’activité physique et diminuer la sédentarité à tous les âges ») est dépendant d’une alimentation adéquate (mieux nous mangeons, mieux nous bougeons), mais n’est pas directement visé par les repères nutritionnels.

Les repères nutritionnels que l’ANSES vient de dévoiler serviront de base aux 9 repères mis en scène sur le site du Programme National Nutrition Santé (PNNS), Mangerbouger.fr. Attention, les repères actuellement en ligne ne sont pas actualisés à l’heure où j’écris ces lignes, et datent de 2002.

Viandes, charcuteries et sucres à l’index ; légumineuses à l’honneur

Le quotidien Le Monde a publié une infographie, source ANSES, qui met bien en évidence les idées-forces de ces nouveaux repères nutritionnels : en rouge ce qu’il convient de limiter, en gris pâle ce qu’il convient de consommer avec modération, et en vert ce qu’il est bon de privilégier.

Repères nutritionnels 2017

Plus finement, il est à relever que l’ANSES insiste « en particulier sur une consommation renforcée et régulière de légumineuses (telles que les lentilles, fèves ou pois chiches), la nécessité de privilégier les produits céréaliers les moins raffinés (telles que les pains, pâtes et riz complets ou semi-complets), ainsi que l’intérêt de favoriser la consommation d’huiles végétales riches en acide alpha-linolénique (telles que les huiles de colza et de noix). » (source- c’est moi qui souligne).

[Pour lire la suite de l’article, cliquez sur Continued]

Les repères nutritionnels 2017 intègrent donc, notamment, les réflexions largement menées au niveau mondial depuis des décennies, avec une accélération ces dernières années semble-t-il, sur la part des produits animaux comme sources de protéines : alors qu’en 2002, il était préconisé de consommer des protéines animales 1 à 2 fois par jour, en 2017, l’accent est mis sur la nécessité de limiter la consommation de viande hors volaille (pas plus de 70 g par jours) et celle de poissons (deux fois par semaine).

Sont également prises en considération les critiques faites aux céréales et plus globalement aux sucres, raffinés, et la diversité des matières grasses. Tant mieux.

Questions en suspens :

  • Et les œufs ? Comment convient-il de les considérer dans ces nouveaux repères nutritionnels ?
  • Pourquoi ne pas mettre en avant l’huile d’olive ? Consommatrice quotidienne, j’aurais du mal à m’en passer. A creuser !
  • 100 g de sucres par jour ? C’est 4 fois plus que la recommandation OMS 2015… Pourquoi ?
  • Pas de distinction entre légumes et fruits ? J’aurais autant aimé que les fruits et légumes soient positionnés en haut à droite du schéma ci-dessus, à la place du poisson, suivis des légumineuses puis du poisson. Plus de la moitié de notre assiette quotidienne gagnerait à être constituée de fruits et légumes pour que nous soyons en excellente santé. Il serait même utile de dissocier les légumes, à privilégier, des fruits, à consommer avec modération, non ? Mais je reconnais que ce type de sous distinction rendrait le schéma trop complexe.

Les modes de production ne sont pas pris en compte, les contaminants le sont

Les repères nutritionnels 2017 ne valorisent pas de mode de production ou préparation : peu importe que votre assiette soit halal, local, casher, avec  ou sans SIQO (signe officiel d’identification de la qualité et de l’origine) tel que « bio », « Label Rouge », « IGP », ou autre label.

C’est plutôt normal pour des repères nutritionnels publics, soucieux de la réussite et de la diversité des différents acteurs économiques utiles au pays. Et c’est une avancée car l’ANSES affirme intégrer dans ses repères « les enjeux associés à la présence de certains contaminants chimiques dans l’alimentation », et  « rappelle la nécessité de diminuer les teneurs de certains contaminants de l’alimentation (arsenic inorganique, acrylamide, plomb) et réitère sa recommandation aux consommateurs de diversifier leur régime alimentaire et les sources d’approvisionnement » (source),.

Mais…

Questions en suspens:

  • Il faut aller plus loin dans la prise en compte des enjeux environnementaux de nos modes de consommation alimentaire, promouvoir plus ardemment encore les externalités positives de certains modes de production.
  • Il faut aussi accroître la transparence sur la totalité des manipulations auxquelles sont soumis les aliments du 21ème siècle : irradiation, ajout d’auxiliaires technologiques tels que des enzymes, peut-être OGM, processus de maturation accélérés, ajouts de conservateurs, additifs etc. dont on, consommateur, ne connaît pas véritablement l’identité, déconstruction et réassemblages de nos farines, par exemple, etc., etc. La liste est longue, l’opacité profonde.
  • Qui sait précisément où se trouve, et donc comment éviter, l’arsenic inorganique, l’acrylamide et le plomb ? Certainement pas l’immense majorité d’entre nous. Les industriels le savent, certes, mais les repères n’ont aucune valeur contraignante pour eux, et l’indication de la présence de ces contaminants sur leurs produits n’est pas obligatoire, donc…
  • Et les nanomatériaux, source d’inquiétude de santé publique majeure ?
  • Et les nouvelles techniques de manipulation génétique des végétaux ? Etc. Voyons le verre qui commence à se remplir, mais n’oublions pas tout ce qui doit être pris en considération pour que nous, population française, puissions vraiment manger « bon pour nous » durablement.

Les produits laitiers ne sont plus nos amis pour la vie ?

Les repères nutritionnels précédents, de 2002, préconisaient 3 produits laitiers par jour.

Or, voici que les nouveaux repères nutritionnels ne les mentionnent pas, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Ils reviendront sans doute en bonne place dans les préconisations pour les enfants et les personnes âgées, ceci dit : à suivre.

Edit 14/02/2017 : comme prévu, la consommation de lait (0.25 litre/enfant en crèche ou scolarisé) demeure privilégiée et financée par les pouvoirs publics en France : plus de 17 millions d’€ seront alloués au budget 2017-2018 « lait aux écoles », soit le budget annuel de 12.6 millions alloué par l’UE augmenté d’une partie de l’enveloppe du programme « fruits et légumes »… (source). Sur le programme « fruits, légumes et lait dans les écoles », cliquer ici.

Les repères nutritionnels ne sont pas des injonctions, et c’est tant mieux !

Notre époque aime le manichéisme et attache beaucoup d’importance à l’image, c’est bien connu. En matière d’alimentation, on aime ainsi volontiers dire que manger comme ceci est « bien » et comme cela « mal », que tel aliment est « sain » et tel autre « malsain », et on aime mettre en scène sa gourmandise, ses excès ou ses vertus, auto-attribuées mais également très bien nourries par les réseaux sociaux.

La « réalité » est évidemment bien plus complexe, et j’ai lu récemment ce témoignage très intéressant. Sans mise en scène d’elle-même, tout en rappelant les bénéfices indiscutables d’un régime végétalien, son auteure rappelle qu’il n’existe pas de régime idéal et équilibré unique pour tous. Indirectement, cela bouscule l’idée très en vogue, et très pernicieuse je trouve, selon laquelle il n’y aurait qu’une façon d’être « quelqu’un de bien », d’avoir une conscience, bref d’être fréquentable. Dans la même veine, le récent article de mon amie Clotilde, « Que faire au lieu d’une détox » est très riche.

En ce sens, je trouve positif que les pouvoirs publics n’édictent plus de recommandations nutritionnelles, mais des repères nutritionnels. Liberté ensuite à chacun de nous de constituer notre assiette, sans notion de prescription. Même si réfléchir aux conséquences de nos actes (en termes de pollution, de respect des humains intervenus à un moment ou un autre pour que tel ou tel aliment parvienne à notre assiette, de souffrance animale, de santé sur le moyen ou long terme, etc.) me semble en réalité une de nos responsabilités premières…

Pour en savoir plus :

  • Les repères nutritionnels pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées seront différents, et publiés dans un second temps.
  • Saviez-vous que la stratégie nationale de santé est définie par décret pour une durée qui ne peut excéder dix années ? (Article R.1411-1 du Code de la santé publique, issu du décret n° 2016-1621 du 28 nov. 2016)
  • Les repères nutritionnels sont inséparables de conseils relatifs à l’activité physique de chacun de nous. « Pour le PNNS, la nutrition s’entend comme l’équilibre entre les apports liés à l’alimentation et les dépenses occasionnées par l’activité physique » (source), et le nom de son site, MangerBouger.fr, le manifeste clairement.
  • L’édiction de repères nutritionnels publics est à rapprocher de l’obligation légale d’étiquetage nutritionnel des produits pré-emballés entrée en vigueur le 13 décembre 2016. L’ANSES a d’ailleurs publié ses propres recommandations relatives à cet étiquetage.
  • A rapprocher également du débat, vif, sur l’ajout d’un logo nutritionnel simplifié : des tests ont été effectués pendant 10 semaines fin 2016, leurs résultats devraient être prochainement rendus publics.
  • L’ANSES a également rendu public que, « dans le cadre d’une approche novatrice, un outil d’optimisation intégratif a également été déployé afin d’identifier une combinaison de consommation de 32  groupes d’aliments répondant aux besoins nutritionnels de la population adulte, prévenant le risque de maladies chroniques et limitant l’exposition aux contaminants, en intégrant 41 références nutritionnelles et une centaine de contaminants parmi ceux présents dans l’alimentation ». Je ne sais pas ce qu’est cet outil, cette combinaison, ces références. Pourriez-vous m’éclairer ?

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Posted in Choisir ses produits animaux, Du droit dans mon assiette, Le bio en question, Penser son alimentation.


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