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Identifier ce qui est, objectivement

J’ai longtemps lutté (et ce n’est pas fini) contre la peur d’être limitée par ma relation à l’autre, en particulier avec mon « autre significatif ». J’avais (et j’ai) tort.

Je suis très indépendante.

Intellectuellement car j’ai appris à réfléchir par moi-même , toujours adoré cela, j’aime que mon esprit explore les inconnu(e)s sous toutes sortes d’angles et s’en enrichisse.

Physiquement, j’aime avoir la place et la liberté de bouger. Le SED n’arrange pas les choses sous cet angle. Le contact peut-être intolérable, douloureux, j’ai souvent des mouvements de rejet de l’autre qui s’approche de ma peau très sensible. Je dois être très attentive à mon environnement car je sais mal évaluer ma distance aux choses et les trajectoires de mes mouvements, je me cogne facilement, je me tords, me crispe. Je peux avoir un torticolis brutalement juste en parlant avec quelqu’un de façon un peu stressée, alors si le contact s’ajoute à l’émotionnel, je peux partir en vrille, d’autant que ma sensibilité est aussi olfactive et auditive. Que de stimulations simultanées, de plaisirs ou, selon les cas, de stress cumulés…

Il m’a fallu des années pour que je puisse supporter de façon détendue, et apprécier, qu’il me prenne dans ses bras, juste le fait qu’il enserre mon corps, et cela reste, au bout de 20 ans, parfois tout simplement impossible. Rien qu’écrire « enserre mon corps » fait réagir ledit corps, de façon instantanée, comme électrique, et tout en moi se mobilise pour « NON ».

Je n’ai pas encore réglé ma culpabilité d’avoir besoin de me protéger des gestes de jeunes chiots de mes enfants, de leurs embrassades, de leur abandon sur moi, des hurlements intérieurs qui s’élev(ai)ent en moi lorsqu’ils étaient (sont) blottis, abandonnés, pesants sur moi et que mon corps ne POUVAIT (PEUT) pas.

Le diagnostic du SED, officiel début 2016, a été une libération émotionnelle (partielle), en ce sens. J’ai pu expliquer à ma plus jeune, notamment, que je l’aimais de tout mon être mais que mon corps ne pouvait pas supporter qu’elle se jette dans mes bras et s’accroche à moi de toute sa passion enfantine. Que si je devenais alors un peu brusque, si je la repoussais, gentiment mais tout de même, c’était car c’était intolérable comme sensations physiques parce que mon corps avait une particularité physique qui faisait que c’était comme ça. Je me souviendrai toute ma vie de cette discussion. De la lumière que j’ai vue s’allumer en elle. Des portes relationnelles que cela nous a ouvert. De notre soulagement à pouvoir cesser de croire ou craindre que c’était une particularité émotionnelle de ma part.

L’errance médicale est source de tant de souffrances inutiles, incompréhensibles sur le coup, que l’on attribue à tort à ce avec quoi le psychologisme ambiante nous bassine : peur de la relation, peur de la dépendance, conflits d’enfance mal réglés, etc.

(Re)mettre les choses à leur place, identifier ce qui est vraiment, objectivement, est indispensable pour vivre bien. Pendant longtemps, j’ai vécu comme si j’étais une anomalie, honteuse, alors que j’étais juste normalement humaine et normalement spécifique : nous avons tous nos particularités du corps ET de l’âme ET de l’environnement, etc. C’est notre condition de vivants, uniques, imparfaits. La focalisation sur le psychisme est une erreur monumentale, dont nous payons le prix, individuellement et collectivement. Nous sommes bien plus riches et complexes que cela. Nombre de nos explications sont objectives.

Je n’avais pas du tout imaginé écrire sur ce sujet ce matin, et cela m’aura pris plus près de 30 minutes que de 15. Etonnant comment mes pensées se mobilisent pour cet exercice d’écriture quotidien. Très intéressant.

A demain.

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Posted in 15 minutes pour moi.


2 Responses

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  1. Anne-Laure says

    Ton billet est magnifique ! J’adore. Bises.

  2. Florence Arnaud @ Makanaibio says

    Merci Anne-Laure. De l’avoir lu, d’écrire en retour. Je t’embrasse.



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