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« Sans lactose » ne protège pas les allergiques et mal les intolérants au lait !

Qu’est-ce le lactose ?

Le lactose est un des sucres naturels du lait.

Il représente environ 4.6 % des composants du lait : Capture composition du lait par Carole Albouy, @altergusto

Dessin de Carole Albouy, blog altergusto.com (merci Carole !)

Le lactose est un sucre complexe, composé de 2 sucres simples -dits aussi monosaccharides – : le glucose et le galactose.

Le lactose est donc un polymère, et plus précisément un dimère, c’est-à-dire un ensemble de molécules, ici de glucose et de galactose, elles-mêmes composées d’atomes (d’oxygène, carbone et/ou hydrogène) reliés entre eux par une liaison chimique.

Exemples :

  • les molécules de glucose ou de galactose peuvent être représentées comme ceci : C6H12O(6 atomes de carbone, 12 d’hydrogène et 6 d’oxygène)
  • le dimère qu’elles composent quand elles sont liées, le lactose, peut être identifié comme ceci : C12H22O11

Notre intestin d’humain ne sait absorber, pour nous nourrir, que des particules élémentaires : il ne sépare pas les atomes pour les absorber un à un mais ne peut absorber que les molécules, et non les polymères.

Ainsi, il nous nourrit des monosaccharides composant les polymères glucidiques, des acides aminés composant les protéines, des acides gras composant les lipides, mais ne sait pas nous nourrir directement avec des polymères.

En d’autres termes, notre intestin sait absorber le glucose, le fructose, le galactose, les acides aminés, etc, mais pas les composés de ces particules élémentaires.

Pourquoi fabrique-t-on du lait sans lactose ?

Pour qu’un aliment nous nourrisse, quel qu’il soit, il faut donc que des réactions chimiques aient lieu, notamment qui décomposent le polymère (= rompent les liens chimiques entre molécules).

Exemple de l'action d'une enzyme

Exemple de l’action d’une enzyme – Capture d’un extrait de Les molécules du vivant, 2014, éditions Educagri. Cliquer sur l’image pour accéder au site (lien non commercial)

La décomposition enzymatique est appelée hydrolyse, en général.

Cette décomposition peut intervenir à différents moments, éventuellement cumulés :

  • le polymère peut être décomposé avant ingestion
  • il peut l’être pendant ingestion, grâce à une « trousse à outils » qui permet(tra) sa décomposition : on parle alors de digestion.

Avant ingestion, il faudra qu’il y ait ajout d’enzyme par exemple.

Pendant la digestion , le corps du mangeur peut posséder ou fabriquer lui-même les outils qui permettront une décomposition. Le mangeur peut aussi avaler des comprimés d’enzymes, ici de la lactase.

Le lactose est indigeste pour plusieurs d’entre nous

Plusieurs d’entre nous, pour différentes raisons, internes et/ou externes, ne produisent pas, plus ou pas assez de lactase, ou celle-ci ne parvient pas à digérer le sucre du lait.*

« Il est également possible que nos enzymes métaboliques, celles que nos organes fabriquent pour assurer leurs propres fonctions, soient détournées de leur finalité première pour aider à digérer des aliments trop difficiles à décomposer, ce qui est un détournement épuisant pour nos santés. » (Extrait de mon livre, Intolérances alimentaires, sensibilités et allergies – Les comprendre et vivre avec, éditions Terre Vivante, 2016, p.)

Le lactose non digéré, non simplifié, non modifié, ne nous nourrit pas, nous ne pouvons pas l’assimiler.

Il poursuit alors son cheminement dans notre appareil digestif alors que celui-ci n’est pas apte à le décomposer en particules élémentaires assimilables.

Cela conduit le corps du mangeur à réagir : inflammation, maladie, maux de ventre, nausées, remontées gastriques, etc..

Or malheureusement, les industries alimentaires et pharmaceutiques ajoutent du lactose dans tant de produits, aujourd’hui, que la surdose semble assez facile à atteindre, que l’on consomme bio ou pas.

Prenez le temps de lire les étiquettes de ce que vous achetez, de vous enquérir de la liste des ingrédients, de la composition exacte.

Et si le commerçant ou l’artisan ne sait pas vous dire exactement de quoi est composé ce que vous avez envie d’acheter (ex : un saucisson), abstenez-vous…

Comment se fabrique le lait sans lactose ?

A froid ou à faible température, une enzyme, la lactase, est ajoutée au lait à délactoser.

Cette enzyme découpe le sucre complexe lactose en ses deux sucres simples, glucose et galactose

Le lait sans lactose est donc un lait dont le lactose a été prédigéré par ajout avant consommation de lactase.

C’est donc un lait préparé pour être plus facile à digérer.

L’allergie au lactose n’existe pas !

Nous, humains, ne sommes pas allergiques à des sucres.

Notre système immunitaire réagit à des protéines.

Si toi, moi, nous, vous, ne tolérons pas le lait il y a en réalité malabsorption du lactose.

Notre corps y répond négativement, il exprime une (hyper)sensibilité aux sucres du lait. On dit en langage courant « je ne tolère pas », au sens « je ne supporte pas », « je dois éviter », alors le langage médical retient le terme d’intolérance au lactose. Je ne suis pas d’accord, mais c’est un usage…

En tout cas, aucune allergie ici ! Les services publics de santé français sont à juste titre catégoriques sur ce point et Marc Welter vous explique tout cela dans cette vidéo (et merci Marc, moi aussi ça me désole que les termes soient utilisés à tort et à travers) :

Si je suis allergique au lait ou intolérant aux caséines du lait, puis-je / dois-je consommer du lait sans lactose ?

Si vous êtes allergique au lait ou intolérant aux caséines du lait, ce sont les protéines du lait qui vous font courir le risque d’un choc anaphylactique potentiellement mortel (allergie) ou vous infligent toutes sortes de maux plus ou moins graves (intolérance).

Or le lait délactosé contient des protéines !

Son sucre appelé lactose a été enlevé : plus de 95 % de ses constituants demeurent (v. début du billet) dont les protéines !

Consommer des produits sans lactose sans vérifier qu’ils sont également exempts de caséine, donc en fait de lait, alors que celles-ci vous rendent malades n’a tout simplement aucun sens.

Il est donc essentiel de lire attentivement les étiquettes.

L’étiquetage alimentaire nous protège en principe

Etiquetage lait correct

Ces deux listes des ingrédients mettent en lumière tout type de lait, soit en soulignant, soit en caractères gras. Le consommateur s’y retrouve.

Malheureusement, plusieurs sont mal rédigées : en cas de doute, s’abstenir est plus que recommandé !

Etiquetage lait incorrect

Le lait sans lactose a-t-il des atouts santé ou saveur ?

Avant que cette opération soit faite, le lait est « purifié et pasteurisé ».

==> ce n’est donc plus du tout le produit tel qu’issu du pis de la vache qui est proposé à la consommation.

C’est un produit industriel, transformé, et vous en connaissez tous les défauts.

Le lait a de nombreux atouts pour lui, dont une immense gamme de saveurs possibles : crèmes de toutes sortes (ah la crème suisse de La Gruyère, pour 1 kg de laquelle il faut 12 litres de lait !), beurre fermier salé ou non, des centaines de fromages plus ou moins affinés, parfumés, rares, etc. C’est un aliment complet et équilibré, bien pratique pour ceux qui le digèrent sans peine.

Mais ce lait-là doté de vertus est le lait cru, entier, bio.

Ce que le lait délactosé ne peut jamais être !

Que faire si je souhaite consommer des produits laitiers et que je digère mal le lactose ?

Il est à noter que :

  •  Le lactose pourrait être mieux toléré lorsqu’il est absorbé avec des aliments riches en lipides ou en protéines.
  • Le fromage affiné est généralement bien toléré, car le lactose est en grande partie digéré par des bactéries durant le processus d’affinage.
  • Même en cas d’intolérance, de petites quantités d’aliments contenant du lactose, répartis au cours de la journée, semblent généralement tolérées.

Et pas de panique : il n’y a aucune nécessité vitale à consommer du lait sous quelque forme que ce soit, indépendamment de sa teneur en lactose. Il est notamment établi que c’est mensonger d’affirmer que le lait est indispensable pour ne pas manquer de calcium : les sources alimentaires de calcium autres sont nombreuses, le lait en excès aurait plutôt tendance à nous rendre carencé en calcium, et notre calcium osseux n’est pas exclusivement fruit de notre alimentation, notamment.

J’en suis un exemple vivant, mes enfants aussi : nous n’avons pas consommé de lait liquide, crème ou fromage blanc depuis 2010, sauf extrêmement rares occasions ; nous consommons pour 4 d’entre nous des fromages au lait cru de temps à autre mais l’une d’entre nous a horreur de cela : aucun d’entre nous n’est carencé en calcium.

Quelques sources en + :

Edit : Un grand merci à Sandrine pour sa lecture attentive de cet article et les précisions scientifiques qu’elle y a apportées !

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Posted in Allergies, Choisir ses produits animaux, Du droit dans mon assiette, Instants du quotidien, Intolérances alimentaires : ressources, Le bio en question, Penser son alimentation, Sans lait, Vidéos.


5 Responses

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  1. Christine says

    Merci Florence pour cet article fort intéressant et éclairant. Merci pour vos articles en général qui (m’)apportent beaucoup. Merci de prendre soin de nous de cette manière. Très belle journée à vous.

  2. Catherine Vanderhoeven says

    Un tout grand merci pour cet article qui explique de manière très claire la « problématique » du lactose. C’est expliqué d’une manière scientifique mais tout à fait compréhensible … Cela me donne envie d’acheter votre livre, même si je ne crois pas être intolérante à quoi que soit, juste pour comprendre un peu mieux les choses. Belle journée.

  3. Jessica says

    Je suis d’accord, merci pour cet article qui remet les choses à plat !



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