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L’apprentissage plus que la révélation

Je lis en ce moment, par petits bouts (juin oblige 😉 ), un livre dont le titre est à lui seul tout un programme : Imparfaits, libres et heureux. Pratiques de l’estime de soi. Son auteur : Christophe André, médecin psychiatre à Paris, auteur de nombreux ouvrages (que je n’ai pas lus).

J’ai envie d’en partager une page, ce soir, avec vous, parce que je la trouve fondamentale.

Elle porte le titre de ce billet : L’apprentissage plus que la révélation.

« Voici sans doute la découverte la plus importante de ces dernières années en psychothérapie: changer, cela s’apprend. Le modèle du changement psychique par prise de conscience soudaine ou par révélation de souvenirs effacés du passé, cela ne marche guère. Si la croyance en une telle façon de pratiquer la psychothérapie persiste, c’est sans doute en raison de son aspect très romantique (le secret caché tout au fond de soi), et de sa récurrence dans de très nombreux films au cinéma : à un moment de l’action, la musique se fait plus forte, les yeux du héros se troublent, une scène de son passé réapparaît à sa conscience. Cette découverte soudaine fait pleurer le héros, ou l’héroïne, mais le guérit à tout jamais de ses fantômes. Ce modèle de la prise de conscience par déclic est bien sûr caricatural, et ne fonctionne que dans l’imagination des cinéphiles. Si l’on veut rester dans les domaines artistiques, le changement personnel, et notamment en matière d’estime de soi, ressemble davantage à un apprentissage musical : on n’apprend pas à jouer du piano sur simple décision personnelle, ou parce que l’on s’est libéré des fantômes de son passé, mais parce qu’on a suivi des cours et que l’on a quotidiennement répété ses gammes. Et on ne devient pas un virtuose par illumination soudaine, mais par obstination patiente. L’estime de soi obéit (…) aux mêmes règles : certes, il faudra comprendre d’où viennent nos limitations et nos erreurs de pilotage, mais il faudra surtout travailler à mettre en place de nouvelles façons d’être. » (Christophe André, Imparfaits, libres et heureux : Pratiques de l’estime de soi, éditions Odile Jacob, page 72).

Ces mots résonnent très juste pour moi. Ils rejoignent ce que je n’ai compris que tardivement : un enfant a tout à apprendre pour s’épanouir, accéder à la maturité dans l’équilibre. Auparavant, je croyais qu’un enfant naissait avec tout un savoir, et une compréhension innée de l’humanité, de l’équilibre, de ce qui était positif et de ce qui ne l’était pas, et presque de ce qui était bon pour lui et de ce qui ne l’était pas, je n’avais pas pris la mesure de mon rôle d’instructeur, en fait… J’ai toujours été hyper protectrice de et attentive à mes filles, mais les ai-je assez accompagnées dans leurs apprentissages? Jusqu’à il y a peu, je sais que non.

Désormais, j’ai compris que vivre s’apprend et j’identifie mieux comment je peux aider mes filles (et m’aider moi-même, qui suis toujours en apprentissage, éternellement, comme tout un chacun!) à cette fin (je suis donc très optimiste les  -nous-  concernant, je refuse de culpabiliser pour ce que je n’ai pas su bien faire avant, c’est normal, c’est la vie, ça n’est pas grave! Le présent est lumineux, réjouissons-nous!).

Tout ceci me permet de voir sous un nouvel angle cette affirmation souvent rencontrée mais qui m’échappait : l’important, c’est le chemin, et non le but que l’on s’est fixé.

C’est absolument magnifique pour moi de découvrir cela parce que c’est formidablement bénéfique, formidablement aidant pour jouir du présent avec attention et conscience, et pour me refuser à moi-même, désormais, autant que faire se peut, de culpabiliser parce que telle ou telle absence de résultat, de but atteint, telle ou telle frustration, inquiétude, erreur, râté etc.

Ainsi, je peux à nouveau (parce que j’ai été ainsi, il y a quelques années, et puis j’ai cessé de l’être aussi naturellement, il m’a souvent fallu des efforts pour être présente à la vie, dernièrement) simplement être là, habiter ma vie ici et maintenant. Je vois alors mes enfants rayonnantes, ces pulsations de vie sacrées et puissantes en elles, leur appétit d’apprendre avec moi et avec tous ceux qui voudront bien les accompagner sur leur chemin, pourvu que l’on soit bon avec elles, et je me dis que vivre est décidément un miracle sublime.

Et cela n’est en effet pas du tout une révélation, mais le fruit d’un apprentissage, qui ne finira jamais, quelle chance!

Leonard Cohen – Hallelujah par Ben-Yehuda

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Posted in Livres, Perso.


13 Responses

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  1. Anne-Laure says

    Oui l’important est le chemin, les marches petites ou grandes qu’on franchit plus ou moins rapidement. Difficile quand même de ne pas se faire des reproches quand on n’atteint pas son but au moment souhaité…
    Mais c’est vrai, restons optimiste, regardons plutôt le verre à moitié plein que son homologue à moitié vide !

  2. Isabelle says

    Yeah!
    Et un des gros avantages qu’il y a à vivre le chemin sans se focaliser sur un pseudo-but, c’est que le bonheur est pour tout de suite… Inutile d’attendre d’être mince, d’avoir trouvé l’âme soeur, d’avoir un super job (les grands classiques), ou même de se sentir mieux.. Là, tout de suite, on peut être vraiment heureux. Comme le titre du livre : imparfaits, libres et heureux. Et ça, c’est drôlement chouette !
    Have a GREAT day!

  3. anne says

    ça laisse beaucoup d’espoir pour nos enfants malades qui grandissent avec un déficit énorme de confiance, en eux, en les autres et qui de fait (sans faire de la psycho de comptoir non plus) ont un mal de chien à développer justement « l’estime de soi ». Et c’est terrible. Merci Flo pour ce partage qui me fait chaud au coeur…

  4. anne says

    juste un mot
    merci!
    merci d’avoir partagé ce passage

    et je vais de ce pas me procurer ce livre

    encore merci

  5. Végébon says

    Ce billet me touche beaucoup et je suis entièrement d’accord avec cette idée d’obstination patiente, qui est un moyen merveilleusement efficace de s’améliorer tout en profitant de la vie telle qu’elle est, imparfaite mais déjà tellement pleine de petits bonheurs !

    Je te souhaite un très bon week-end.
    Ici le soleil brille, on est à Marseille en famille pour manger des pizzas maison (et tant pis si je passe un bon moment de la journée collée à l’ordinateur pour rédiger la thèse).

  6. flo makanai says

    Merci à vous 5 pour vos mots en retour!

  7. Kris says

    Un très joli billet porteur de beaucoup d’optimisme.
    Et puis surtout, tout cela est tellement vrai !

  8. Jane says

    C’est bien aussi de l’écrire, non? La rédaction du billet est bénéfique ainsi que le partage. Merci Flo d’avoir pris le temps! (car mes filles sont pénibles aujourd’hui! Patience, patience! Le chemin, le chemin…)

    • Flo Makanai says

      Oui rédiger est bénéfique. Je suis incapable de tenir un journal, mais à chaque fois que je prend le temps/la peine d’écrire, ça me fait du bien…

  9. isabelle says

    Quelle coïncidence, je viens d’acheter ce livre en prévision de mes vacances 😉
    Merci pour le partage de ce passage, et vive l’optimisme…
    Bonnes vacances

    • Flo Makanai says

      Ah oui, quelle coïncidence en effet!
      C’est un livre qui se lit par petits bouts, je trouve, pas du tout un roman de vacances, hein?
      Bonnes vacances!!

  10. Vanille says

    J’aime bien ces petits billets que tu fais pour partager tes lectures du moment et tes reflexions. Et je te rejoins dans cet apprentissage et nouvelle approche de la vie.

  11. poucinette says

    merci pour ce bout de partage !!!!! bisous



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